Publié dans Chronique lecture, Hors série.

Obéir

J’ai peur du feu. Comme beaucoup de gens. Et de l’avion. Comme certains. Je n’aime pas l’eau. Comme peu.

Lorsque j’avais 8 ans la ferme de mon oncle s’est enflammée. Perte totale. On m’a emmené voir l’incendie. J’y suis allée. Je m’attendais à voir un spectacle. J’en suis ressortie traumatisée. À voir ce gigantesque brasier mais aussi à en comprendre intérieurement le sens. J’écoutais les gens. « Une chance, c’est l’automne. Les vaches étaient au champ. Mais le cochon a grillé. Et quelques autres animaux. » J’imaginais ces pauvres bêtes, que personne n’avait pu secourir, prisonnières de cet enfer. L’horreur de leur désespoir. Alors depuis ce temps j’ai peur du feu. Pas de façon exagérée mais tout de même, ces images se sont gravées dans ma mémoire.

J’ai pris l’avion quelques fois. Tout se passait bien alors je recommençais. J’ai ainsi fait quelques voyages. Lors d’un voyage pour le travail il y eût des secousses terribles. Alors que le ciel était limpide, les poches d’air ébranlaient l’avion. Quel vol. Ensuite, j’ai repris l’avion mais je n’ai jamais aimé ça. Et puis, j’ai peu à peu éviter de prendre l’avion. Il faut dire que je ne suis pas de celle qui adore voyager. Après un certain émerveillement de la nouveauté je m’ennuie. Et parfois, je m’émerveille pendant 24 heures. Et je me demande, qu’est-ce que je fais ici ? C’est tout. Je connais des personnes qui attendent désespérément les vacances pour repartir. Pas moi. J’apprécie beaucoup mon travail . Suffisamment pour ne pas attendre les vacances. Celles-ci arrivent. Et c’est tout. Le reste de l’année, je m’amuse en travaillant. Et je passe mes vacances comme je le peux alors que mes amis les vivent avec leur famille. Je vais voir des spectacles, je profite de ma ville. Parfois je pars, mais jamais très loin. Ni très longtemps. New York, Gaspésie.

Les peurs peuvent être traitées. La psychologie cognitive permet d’une certaine façon de reprogrammer le cerveau. Je suis arrivée à éteindre quelques peurs, à en gérer d’autres. Mais certaines sont restées. Comme l’avion. Comme le feu.

Je n’ai pas peur de l’eau mais je ne m’amuse pas en me baignant. Il faut dire que je tolère bien la chaleur. Alors, pas de thérapie pour l’eau. Mais ce matin en pensant au livre que j’ai lu et que j’ai beaucoup aimé cet été « Aurevoir là-haut » de Pierre Lemaître, j’ai repensé à mon cours de plongée au Cégep. Je me suis demandée comment peut-on accepter de faire la guerre?  Quand nous avons le droit d’accepter ou de refuser, bien sûr. Je crois que c’est simple. On peut encore là utiliser la psychologie cognitive pour programmer les soldats. On écoute. On obéit. On ne réfléchit pas. On obéit. On obéit. On obéit.

Pour ma certification de plongée, j’ai dû faire une descente de rivière ainsi qu’une plongée en mer. Une fois au fin fond de l’eau, j’ai détesté. La pression de l’eau. La solitude dans le masque. J’ai réussi mes examens mais j’ai abandonné la plongée. Une collègue de classe elle, adorait. C’était une personne au caractère joyeux et une forte personnalité. Elle semblait n’avoir peur de rien. Elle avait une confiance que je lui enviais. La vie a fait en sorte que nous nous sommes perdues de vue. Deux ans plus tard, j’ai su qu’elle était décédée justement en plongeant. Elle a manqué d’air. Elle a paniqué. Plutôt que de s’adresser à son collègue de plongée (on nous recommendait de toujours plongée à deux), de partager l’air en faisant les paliers de décompression, elle est remontée à la surface. Elle n’y a pas survécu.

Alors j’ai pensé à la psychologie cognitive. Aurait-on pu à l’instar des soldats nous former en programmant notre cerveau ? En nous répétant les consignes à suivre. Ne jamais paniquer. Faites le signe à votre collègue de plongée. Faites vos paliers de décompression. Ne pas paniquer.Faites un signe. Et vos paliers. Ne pas paniquer. Ne pas paniquer. Ne pas paniquer. Signe. Paliers.

Cela aurait-il changé quelque chose ? Je ne le saurai jamais. Mais je ne peux m’empêcher de réfléchir. Une personne si confiante a eu une vie si courte. Moi si insécure, 30 ans plus tard, je suis encore là. J’aimerais y trouver un sens. Une explication.

Mais voilà. Il n’y en a pas. C’est juste la vie. La vie et rien d’autre. On fait ce qu’on peut. Et rien d’autre.

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Chronique lecture, la chute des géants

la chute des géantsCet été j’en ai profité pour lire. Entre autres, quelques romans policiers. Après avoir adoré la série Wallander, j’ai commencé à lire Arnaldur Indridason (inspecteur Erlendur), Deon Meyer (inspecteur Griessel) et Fred Vargas (Adamsberg). Ensuite, j’ai lu Aurevoir là-haut de Pierre Lemaître. Ce roman se déroule après la première guerre mondiale. C’est excellent. Je voulais le lire depuis sa parution. L’auteur vient d’en publier un autre. Cela m’a décidé à le lire. Ensuite, j’ai eu le goût de continuer à lire sur cette guerre un livre qui est sur ma tablette : À lire un jour… La chute des géants de Ken Follett. La longueur du roman me décourageait. Mais je ne le regrette pas. C’est assez bon.

Toutefois, à force de lire sur cette guerre, j’ai l’impression de lire sur la situation mondiale actuelle… La poudrière des Balkans vs la poudrière du Moyen-Orient. Des extrémistes. La chute du pouvoir absolu, autrefois la monarchie, aujourd’hui, des États comme notre voisin américain pour ne pas le nommer, des multimillardaires qui ne savent plus que faire de leur richesse alors qu’un nombre important de personnes vivent dans l’extrême pauvreté. La classe moyenne qui perd de son pouvoir d’achat. Le jeu des alliances mondiales avec la Russie qui joue un rôle clef dans la lutte contre EI.

Mais bon, je me dis, voyons, calmes-toi. Tu fais les liens que tu veux bien. Je ne suis pas une spécialiste de la première guerre mondiale, ni de la deuxième. Ni de la Russie.

Simplement, je lis. Et je fais des liens.

Hier, j’entends à la radio un analyste sur la question des athlètes russes. Le problème dépasse largement le simple sport. Les États luttant contre l’EI ne peuvent se mettre la Russie à dos…. De plus, selon l’analyste, les historiens indiquent qu’il y a une forte ressemblance avec la situation mondiale d’avant la première guerre.

Merde ! J’aurais aimé mieux paranoier. Manque plus que l’assassinat d’un personnage important. Une forme d’archiduc François Ferdinand moderne. Dont le symbolisme éveillera définitivement l’hystérie collective de vengeance. La mèche est là. Elle s’allume mais s’éteint un peu, quelques temps. Cette fois, j’espère vraiment paranoier.

Bref, c’est une bonne lecture.

Bonne fin de semaine à vous,
Brigitte