Publié dans Non classé

Trop de tout

Ceci résume bien comment je me sens, souvent. Trop souvent. La vie au travail est toujours une série de tornades à travers lesquelles je traverse en espérant en retirer quelque chose de positif. Parfois cela arrive. D’autres fois, j’attends que passe la tempête. Ensuite la fin des sessions. Un ouragan. La fin prochaine d’un marathon qu’on a couru pendant des mois. On espère arriver à la fin avec la satisfaction d’avoir fait le bien autour de nous. En espérant que les personnes qui nous suivront apprendront quelque chose de ces tourments vécus jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Bien sûr, on espère qu’ils apprendront à  s’arrêter. Mais cela, ils ne l’apprendront pas de nous. Alors à leur tour, ils reprendront cette course folle et insensée.

Ensuite, d’un coup, tout s’arrête. À ce moment, je suis à bout de souffle. Je n’espère rien d’autre que le calme plat. Et je le trouve. Mais je suis mal en point. Je dois me retrouver. Les tourbillons extérieurs n’ont servi qu’à fuir ceux qui tournent à l’intérieur de soi. Mais la fuite ne sert à rien. Ce qui se cache trop longtemps retrouve son chemin d’une façon violente. Toute ma vie j’ai recherché l’équilibre. Mais je ne l’ai jamais trouvé.

Et puis aujourd’hui, c’est samedi. Et aujourd’hui, je suis fatiguée. Mais demain ça ira mieux. Et après demain, tout recommencera.

Publié dans Chronique lecture, Hors série.

Obéir

J’ai peur du feu. Comme beaucoup de gens. Et de l’avion. Comme certains. Je n’aime pas l’eau. Comme peu.

Lorsque j’avais 8 ans la ferme de mon oncle s’est enflammée. Perte totale. On m’a emmené voir l’incendie. J’y suis allée. Je m’attendais à voir un spectacle. J’en suis ressortie traumatisée. À voir ce gigantesque brasier mais aussi à en comprendre intérieurement le sens. J’écoutais les gens. « Une chance, c’est l’automne. Les vaches étaient au champ. Mais le cochon a grillé. Et quelques autres animaux. » J’imaginais ces pauvres bêtes, que personne n’avait pu secourir, prisonnières de cet enfer. L’horreur de leur désespoir. Alors depuis ce temps j’ai peur du feu. Pas de façon exagérée mais tout de même, ces images se sont gravées dans ma mémoire.

J’ai pris l’avion quelques fois. Tout se passait bien alors je recommençais. J’ai ainsi fait quelques voyages. Lors d’un voyage pour le travail il y eût des secousses terribles. Alors que le ciel était limpide, les poches d’air ébranlaient l’avion. Quel vol. Ensuite, j’ai repris l’avion mais je n’ai jamais aimé ça. Et puis, j’ai peu à peu éviter de prendre l’avion. Il faut dire que je ne suis pas de celle qui adore voyager. Après un certain émerveillement de la nouveauté je m’ennuie. Et parfois, je m’émerveille pendant 24 heures. Et je me demande, qu’est-ce que je fais ici ? C’est tout. Je connais des personnes qui attendent désespérément les vacances pour repartir. Pas moi. J’apprécie beaucoup mon travail . Suffisamment pour ne pas attendre les vacances. Celles-ci arrivent. Et c’est tout. Le reste de l’année, je m’amuse en travaillant. Et je passe mes vacances comme je le peux alors que mes amis les vivent avec leur famille. Je vais voir des spectacles, je profite de ma ville. Parfois je pars, mais jamais très loin. Ni très longtemps. New York, Gaspésie.

Les peurs peuvent être traitées. La psychologie cognitive permet d’une certaine façon de reprogrammer le cerveau. Je suis arrivée à éteindre quelques peurs, à en gérer d’autres. Mais certaines sont restées. Comme l’avion. Comme le feu.

Je n’ai pas peur de l’eau mais je ne m’amuse pas en me baignant. Il faut dire que je tolère bien la chaleur. Alors, pas de thérapie pour l’eau. Mais ce matin en pensant au livre que j’ai lu et que j’ai beaucoup aimé cet été « Aurevoir là-haut » de Pierre Lemaître, j’ai repensé à mon cours de plongée au Cégep. Je me suis demandée comment peut-on accepter de faire la guerre?  Quand nous avons le droit d’accepter ou de refuser, bien sûr. Je crois que c’est simple. On peut encore là utiliser la psychologie cognitive pour programmer les soldats. On écoute. On obéit. On ne réfléchit pas. On obéit. On obéit. On obéit.

Pour ma certification de plongée, j’ai dû faire une descente de rivière ainsi qu’une plongée en mer. Une fois au fin fond de l’eau, j’ai détesté. La pression de l’eau. La solitude dans le masque. J’ai réussi mes examens mais j’ai abandonné la plongée. Une collègue de classe elle, adorait. C’était une personne au caractère joyeux et une forte personnalité. Elle semblait n’avoir peur de rien. Elle avait une confiance que je lui enviais. La vie a fait en sorte que nous nous sommes perdues de vue. Deux ans plus tard, j’ai su qu’elle était décédée justement en plongeant. Elle a manqué d’air. Elle a paniqué. Plutôt que de s’adresser à son collègue de plongée (on nous recommendait de toujours plongée à deux), de partager l’air en faisant les paliers de décompression, elle est remontée à la surface. Elle n’y a pas survécu.

Alors j’ai pensé à la psychologie cognitive. Aurait-on pu à l’instar des soldats nous former en programmant notre cerveau ? En nous répétant les consignes à suivre. Ne jamais paniquer. Faites le signe à votre collègue de plongée. Faites vos paliers de décompression. Ne pas paniquer.Faites un signe. Et vos paliers. Ne pas paniquer. Ne pas paniquer. Ne pas paniquer. Signe. Paliers.

Cela aurait-il changé quelque chose ? Je ne le saurai jamais. Mais je ne peux m’empêcher de réfléchir. Une personne si confiante a eu une vie si courte. Moi si insécure, 30 ans plus tard, je suis encore là. J’aimerais y trouver un sens. Une explication.

Mais voilà. Il n’y en a pas. C’est juste la vie. La vie et rien d’autre. On fait ce qu’on peut. Et rien d’autre.

Publié dans Réflexion littéraire

L’attente

Il y a déjà un mois que j’ai fait parvenir mes chroniques à un éditeur choisi en étudiant sa ligne éditoriale. J’en avais sélectionné quelques-uns mais j’ai décidé de tester un premier envoi plutôt que de m’éparpiller tout partout. Suivre une voie, une seule, qu’elle soit bonne ou mauvaise. M’en tenir à cette voie.

Le message automatique de réception de mon manuscrit indiquait six semaines pour une réponse. Et puis j’attends. Et parfois j’espère. Il m’arrive d’espérer que ça fonctionne et d’autres fois, de penser que je serais soulagée d’en rester là. Un petit mécanisme de défense développé pour ne pas être déçue. À certains moments, j’oublie. Ou encore je profite de ce moment d’attente pour écrire. Le fait de ne pas avoir de réponse me permet de ne pas me décourager. Je sais, c’est presque ridicule. Un premier manuscrit. Un seul éditeur. Je suis consciente qu’il faut sûrement faire plus. Retravailler mes écrits. Solidifier le tout.

Bref, bien que cette histoire soit bien mince, elle reste tout de même à suivre…

Publié dans Réflexion littéraire

Volonté ou influences ?

Depuis que je n’ai plus la télévision, j’écoute beaucoup la radio. La radio de Radio-Canada pour ne pas la nommer. Cette semaine, j’ai entendu un invité mentionner qu’une personne en développement fait face à deux types d’influence. L’une est intérieure et l’autre externe. Le première fait bien sûr référence au développement psychologique et la deuxième, à l’éducation, la famille, l’école etc. Il a de plus ajouté qu’il est vrai que si chacun est responsable de ses choix de vie, qu’il ne faut pas négliger les influences extérieures chez les personnes. Tout ceci semble évident. Pourtant, on ne se lasse pas de répéter dans notre société des maximes telles que Quand on veut, on peut ou chacun est maître de son destin. En d’autres mots, ce qu’on nous lance comme messages c’est que si tu es pauvre, sans travail, sans ressources, c’est que tu es probablement vraiment paresseux.

Et on glorifie ceux qui partent de rien et qui atteignent l’excellence, la réussite et l’enrichissement personnel. Ayant une formation en travail social, je suis plutôt d’accord avec l’invité de Radio-Canada. Quand on vient d’un milieu qui nous a constamment écrasé physiquement ou psychologiquement, on enregistre les messages depuis l’enfance. « Tu ne vaux rien. Tu n’es rien. Tu n’arriveras jamais à rien. » Ainsi, étant adulte, ces messages peuvent s’accrocher longtemps à nous tout dépendant de la force avec laquelle ils nous ont été inculqués. Il est alors de notre ressort de travailler à défaire ces messages. Ce n’est pas pour rien que les thérapies existent.

Si je vous raconte cela, c’est que ça m’a fait réfléchir sur mon processus d’écriture. Pendant mes six mois d’écriture de 180 chroniques, je ne me suis pas trop préuccupée de ce que les gens pourraient penser. Sauf bien sûr de mes deux lectrices qui me donnaient leur opinion qui a toujours été constructive. Mais j’écrivais en me centrant sur moi. En oubliant momentanément tout ce qui gravitait autour de moi. Parfois je m’apercevais que j’étais en train de me restreindre alors je me parlais intérieurement et me disais, Non ! vas-y. Donne tout ce que tu as ! 

Mais il n’est pas toujours aisé de faire ainsi. Il y a souvent cette voix intérieure qui se demande si tes écrits sont vraiment bons. Si ça vaut vraiment la peine de continuer. Si… si…. si….

 

 

Publié dans Textes ancien blogue

La conquête du feu

J’ai toujours aimé l’école. La rentrée scolaire signifiait que l’achat de nouveaux vêtements et de fournitures scolaires l’emporteraient sur la pauvreté dans laquelle nous évoluions. J’adorais voir arriver dans mes mains ces nouvelles couleurs, ces papiers, ces cahiers et ces crayons que je manipulerais avec soin durant toute l’année. J’étais d’ailleurs une élève studieuse, parmi les meilleures de ma classe.

Je me souviens lorsque mes parents se sont divorcés, j’ai du déménager en janvier et me retrouver dans une nouvelle classe, avec de nouveaux amis à séduire et une nouvelle méthode d’enseignement (rien de moins !) à acquérir. Les fractions si utiles dans notre vie d’adulte n’étaient pas encore connues de ma personne alors que j’étais au beau milieu de ma cinquième année ! Quelle offense à l’intelligence de la petite fille que j’étais. Et à l’orgueil également ! Parce qu’il me fallait rattraper pas moins d’un an et demi d’études sur mes camarades… Et les examens approchaient à grands pas ! J’ai étudié à en perdre toute couleur de mon visage en même temps que le sommeil et la joie de vivre. Mon visage faisait figure d’anxiété. J’étudiais, j’étudiais et j’étudiais. J’essayais de comprendre à quoi servait ce minuscule petit trait qui sépare deux chiffres dormant l’un au dessus de l’autre.

Et puis j’ai réussi. J’ai réussi à multiplier, additionner, diviser et soustraire ces chiffres. Je ne comprenais toujours pas à quoi cela pouvait vraiment m’être utile mais mon objectif d’avoir les bonnes réponses était atteint. J’ai eu des notes de plus de 80%, quelle joie. Mes professeurs étaient tout feu tout flamme de la réussite de la nouvelle qui était si bonne et si charmante (bon, peut-être que j’en invente un tout petit bout mais avec un visage si blême, à qui cela peut-il faire du mal si j’ose un peu colorer mon souvenir ? ). J’avais réussi haut la main ! J’avais failli y laisser ma peau et ma santé mentale de fillette de 8 ans, mais j’avais Réussi avec un grand R .

Les impacts de cette réussite me suivront par la suite toute ma vie. Peu importe si je me trouve dans une situation que je déteste, je dois réussir dussé-je y laisser tout plaisir de vivre. Alors je réussis tout ou presque depuis ce temps. Je déteste la majorité de ce que je réussis, mais je peux être fière de moi, puisque je réussis. Je ne sais pas toujours pourquoi je réussis, mais bon dieu que je réussis ! Personne ne m’aime mais à quoi bon si je ne réussis pas ?

À coup de réussites, je suis devenue, travailleuse sociale et plus précisément une organisatrice communautaire. Un métier que j’ai toujours apprécié (disons plutôt souvent apprécié, mais ça c’est une autre histoire …) mais que j’apprécierais encore plus si la majorité de mon entourage comprenait en quoi il consiste.

– Qu’est-ce que tu fais déjà?

Organisatrice communautaire

– Et concrètement tu fais quoi au juste?

Je travaille à mettre en place des conditions afin que les communautés se prennent en main pour améliorer leur vie.

– Oui mais, tu fais quoi dans une journée de travail ?

Rien, je ne fais rien. Parfois, je reste planter devant mon ordinateur à aligner une série de mots qui n’intéressent pas vraiment grand monde. D’autres jours, j’anime des comités de travail avec des personnes qui sont trop emmêlées dans leur misère pour simplement s’intéresser à ce qu’on fait. Et un jour inattendu, une lumière s’allume parce qu’une personne a exprimé une opinion alors qu’à coups d’années de misère et de pauvreté elle était restée jusqu’à maintenant sans voix. Et cette étincelle qui s’allume, parfois, consiste véritablement dans la majeure partie de mon travail.

En 18 ans de métier, j’ai allumé combien ? une dizaine d’étincelles ? Et dans cette dizaine, peut-être 3 se sont transformées en véritable feu ! Un feu bouillant à l’intérieur de 3 personnes qui ont pu réapprendre à vivre avec plaisir et souffrance. Ce feu que j’ose avouer, avoir réussi à allumer, me rempli souvent d’une immense joie. Peut-être même est-ce ce qui donne le plus de sens à une vie qui devant l’incommensurable, est traversée dans un éclair duquel, je le rappelle, je sais désormais qu’il est possible de faire jaillir des étincelles.

Mais bien évidemment, ceci je l’avoue le plus humblement possible. Car il est bien prétentieux pour une travailleuse sociale… une travailleuse sociale ? – mais non, vous ne l’êtes pas ! Vous ne placez pas des enfants dans des familles d’accueil !!! Euh, ce serait trop long à vous expliquer, donc appelez-moi organisatrice communautaire… Je disais ? ah oui, il est bien prétentieux pour une organisatrice communautaire… – qu’est-ce que c’est déjà ? … Il est bien prétentieux, dis-je, pour un agent de changement social de s’approprier ne serait-ce que la moindre parcelle de réussite. Celle-ci appartient à la personne et à la personne seule. Si celle-ci avait résisté à l’attrait du changement, c’eut été le vide total. Pas de réussite. Euh… mais j’aurais tout de même mis en place les conditions qui auraient pu lui permettre de changer sa vie !!! n’est-ce pas ? me dis-je timidement.

Dois-je ne considérer la réussite que par le biais du résultat ? Parce que la question ici est d’une importance capitale pour un agent de changement social (quel horreur ce titre, on dirait une marque de reluisant à chaussures, peu importe la marque, vos chaussures vont reluire ! ). Je dis souvent avec grande conviction mais sans grande persuasion pour un jeune n’ayant jamais été dans la pratique, que le processus est aussi important que le résultat. Bien sûr, ce que je veux avant tout c’est changé le monde et aider les personnes à s’en sortir. Mais que puis-je réellement faire contre toute une vie de misère et de désespoir? Puis-je vraiment espérer que la majorité des personnes apprennent à vivre autrement que de la manière qu’elles ont toujours connue ? Que puis-je sinon essayer d’apporter ce petit quelque chose qui fait qu’un beau jour, une personne arrive à exprimer un désir qu’elle a si longtemps enfoui au pays des sacrifices et des non-dits ?

Bref, pendant ces 18 ans, je suis certaine d’avoir réussi. Pas tout. Pas autant que je l’espérais. Mais j’ai tout de même le sentiment d’avoir réussi à faire naître des sourires d’espoir sur des visages qui jaillissent dans ma mémoire comme des étincelles…J’ai toujours aimé l’école. La rentrée scolaire signifiait que l’achat de nouveaux vêtements et de fournitures scolaires l’emporteraient sur la pauvreté dans laquelle nous évoluions. J’adorais voir arriver dans mes mains ces nouvelles couleurs, ces papiers, ces cahiers et ces crayons que je manipulerais avec soin durant toute l’année. J’étais d’ailleurs une élève studieuse, parmi les meilleures de ma classe.

Je me souviens lorsque mes parents se sont divorcés, j’ai du déménager en janvier et me retrouver dans une nouvelle classe, avec de nouveaux amis à séduire et une nouvelle méthode d’enseignement (rien de moins !) à acquérir. Les fractions si utiles dans notre vie d’adulte n’étaient pas encore connues de ma personne alors que j’étais au beau milieu de ma cinquième année ! Quelle offense à l’intelligence de la petite fille que j’étais. Et à l’orgueil également ! Parce qu’il me fallait rattraper pas moins d’un an et demi d’études sur mes camarades… Et les examens approchaient à grands pas ! J’ai étudié à en perdre toute couleur de mon visage en même temps que le sommeil et la joie de vivre. Mon visage faisait figure d’anxiété. J’étudiais, j’étudiais et j’étudiais. J’essayais de comprendre à quoi servait ce minuscule petit trait qui sépare deux chiffres dormant l’un au dessus de l’autre.

Et puis j’ai réussi. J’ai réussi à multiplier, additionner, diviser et soustraire ces chiffres. Je ne comprenais toujours pas à quoi cela pouvait vraiment m’être utile mais mon objectif d’avoir les bonnes réponses était atteint. J’ai eu des notes de plus de 80%, quelle joie. Mes professeurs étaient tout feu tout flamme de la réussite de la nouvelle qui était si bonne et si charmante (bon, peut-être que j’en invente un tout petit bout mais avec un visage si blême, à qui cela peut-il faire du mal si j’ose un peu colorer mon souvenir ? ). J’avais réussi haut la main ! J’avais failli y laisser ma peau et ma santé mentale de fillette de 8 ans, mais j’avais Réussi avec un grand R .

Les impacts de cette réussite me suivront par la suite toute ma vie. Peu importe si je me trouve dans une situation que je déteste, je dois réussir dussé-je y laisser tout plaisir de vivre. Alors je réussis tout ou presque depuis ce temps. Je déteste la majorité de ce que je réussis, mais je peux être fière de moi, puisque je réussis. Je ne sais pas toujours pourquoi je réussis, mais bon dieu que je réussis ! Personne ne m’aime mais à quoi bon si je ne réussis pas ?

À coup de réussites, je suis devenue, travailleuse sociale et plus précisément une organisatrice communautaire. Un métier que j’ai toujours apprécié (disons plutôt souvent apprécié, mais ça c’est une autre histoire …) mais que j’apprécierais encore plus si la majorité de mon entourage comprenait en quoi il consiste.

– Qu’est-ce que tu fais déjà?

Organisatrice communautaire

– Et concrètement tu fais quoi au juste?

Je travaille à mettre en place des conditions afin que les communautés se prennent en main pour améliorer leur vie.

– Oui mais, tu fais quoi dans une journée de travail ?

Rien, je ne fais rien. Parfois, je reste planter devant mon ordinateur à aligner une série de mots qui n’intéressent pas vraiment grand monde. D’autres jours, j’anime des comités de travail avec des personnes qui sont trop emmêlées dans leur misère pour simplement s’intéresser à ce qu’on fait. Et un jour inattendu, une lumière s’allume parce qu’une personne a exprimé une opinion alors qu’à coups d’années de misère et de pauvreté elle était restée jusqu’à maintenant sans voix. Et cette étincelle qui s’allume, parfois, consiste véritablement dans la majeure partie de mon travail.

En 18 ans de métier, j’ai allumé combien ? une dizaine d’étincelles ? Et dans cette dizaine, peut-être 3 se sont transformées en véritable feu ! Un feu bouillant à l’intérieur de 3 personnes qui ont pu réapprendre à vivre avec plaisir et souffrance. Ce feu que j’ose avouer, avoir réussi à allumer, me rempli souvent d’une immense joie. Peut-être même est-ce ce qui donne le plus de sens à une vie qui devant l’incommensurable, est traversée dans un éclair duquel, je le rappelle, je sais désormais qu’il est possible de faire jaillir des étincelles.

Mais bien évidemment, ceci je l’avoue le plus humblement possible. Car il est bien prétentieux pour une travailleuse sociale… une travailleuse sociale ? – mais non, vous ne l’êtes pas ! Vous ne placez pas des enfants dans des familles d’accueil !!! Euh, ce serait trop long à vous expliquer, donc appelez-moi organisatrice communautaire… Je disais ? ah oui, il est bien prétentieux pour une organisatrice communautaire… – qu’est-ce que c’est déjà ? … Il est bien prétentieux, dis-je, pour un agent de changement social de s’approprier ne serait-ce que la moindre parcelle de réussite. Celle-ci appartient à la personne et à la personne seule. Si celle-ci avait résisté à l’attrait du changement, c’eut été le vide total. Pas de réussite. Euh… mais j’aurais tout de même mis en place les conditions qui auraient pu lui permettre de changer sa vie !!! n’est-ce pas ? me dis-je timidement.

Dois-je ne considérer la réussite que par le biais du résultat ? Parce que la question ici est d’une importance capitale pour un agent de changement social (quel horreur ce titre, on dirait une marque de reluisant à chaussures, peu importe la marque, vos chaussures vont reluire ! ). Je dis souvent avec grande conviction mais sans grande persuasion pour un jeune n’ayant jamais été dans la pratique, que le processus est aussi important que le résultat. Bien sûr, ce que je veux avant tout c’est changé le monde et aider les personnes à s’en sortir. Mais que puis-je réellement faire contre toute une vie de misère et de désespoir? Puis-je vraiment espérer que la majorité des personnes apprennent à vivre autrement que de la manière qu’elles ont toujours connue ? Que puis-je sinon essayer d’apporter ce petit quelque chose qui fait qu’un beau jour, une personne arrive à exprimer un désir qu’elle a si longtemps enfoui au pays des sacrifices et des non-dits ?

Bref, pendant ces 18 ans, je suis certaine d’avoir réussi. Pas tout. Pas autant que je l’espérais. Mais j’ai tout de même le sentiment d’avoir réussi à faire naître des sourires d’espoir sur des visages qui jaillissent dans ma mémoire comme des étincelles…

Publié dans Hors série.

La nature plus forte que tout…

Je vis dans un condo. Tout est droit. Tout est pareil, partout. Ou presque. Du gazon coupé bien ras. Une terrasse comme les autres. Une porte, de la même couleur que celle de mes voisins. Vous voyez le style. C’est ce que je pouvais me payer. Et entretenir. Mais j’aime mon condo. Il est très ensoleillé. Mes voisins immédiats sont gentils. Calmes.

L’ordre absolu n’est pourtant pas si parfait qu’il n’y paraît. Les enfants. La plupart des propriétaires sont des familles avec de jeunes enfants. Alors, heureusement, on voit des choses qui dépassent. Une poussette sur un balcon. Des dessins de craie sur le trottoir. La vie quoi.

Et il y a ma terrasse. L’an passé je l’avais bien garni. Des fleurs à perte de vue. Des herbes cultivées avec intérêt tout l’été. C’était magnifique et joyeux. Une seule ombre au tableau. Des vers de pelouse. Ils ont défait l’ordre mais contrairement aux enfants, ils n’étaient pas joyeux. Je les ai dénoncés. Je les ai combattus. J’ai demandé qu’on les extermine. Mais rien n’y a fait. Aucune réponse. Ils ne dérangeaient personne d’autre que moi. Ils ont envahi mes fleurs. Ils ont envahi mes herbes. Alors cette année, j’ai laissé tomber. Pas de fleurs. Pas d’herbes. Rien que le propre. Mais voilà. Entre les dalles de ma terrasse, aussi tenace que les coliquots qui poussent dans la dévastatation des champs envahis par la guerre, de la menthe. Elle a décidé de vivre. Malgré les vers. Malgré l’ordre. Malgré mon abandon. J’ai respecté son désir de vivre. Et je l’ai entretenu. Et puis, toujours entre les dalles, une magnifique fleur voit le jour. Une graine, tombée de mes fleurs de l’an dernier, a décidé, elle aussi, de survivre. Malgré mon abandon. Malgré l’ordre. Je suis éblouie. Je l’arrose. Je la chérie. Je l’admire chaque jour.

Un peu plus loin, dans un recoin presque caché, je vois quelque chose de différent dans l’herbe. Je constate. Au début de l’été, j’avais mis à l’extérieur une plante intérieure envahie par les fourmis. Après quelques jours, je l’ai jetée. Mais sans que je m’en aperçoive, une branche est tombée et a pris racine.

De belles surprises. De belles leçons. La nature a non seulement survécu à mon abandon mais a même décidé de vivre. La nature, plus forte que tout.

fleur terrasse

fleur terrasse 1

Publié dans Réflexion littéraire

Écrire

Dans mon ancien blogue, je tentais d’écrire chaque semaine. Pendant un temps ça a fonctionné. Je me souviens des jours où je devais me pousser à écrire. Travailler à trouver une idée. M’obliger à m’asseoir et écrire. Surtout, je travaillais fort pour trouver un style d’écriture, des formulations de phrases acceptables pour le monde littéraire, choisir les mots justes, tenter d’être originale.

Et puis, je me suis lassée et j’ai tenté d’autres formes d’art et de loisirs. Le dessin. J’ai fait beaucoup de couture. J’ai lu.

L’hiver dernier, je me suis relancée dans l’écriture. Mais cette fois-ci, je m’y suis prise autrement. J’ai arrêté de me pousser à écrire et j’ai laissé aller. J’ai laissé les mots venir à moi dans l’ordre ou le désordre. J’ai permis à mes idées de naître même les plus saugrenues d’entre elles. Je ne me suis pas restreinte. Je corrigerais le tout dans un deuxième temps. Et en arrêtant de me forcer, j’ai commencé à avoir du plaisir. L’écriture est devenue un moyen de réalisation personnelle. Et non un travail ardu.

Maintenant, je pars de moi, de ce que j’ai à l’intérieur de moi. Je reste moi-même. Et j’écris ce dont j’ai envie. Et j’ai du plaisir à être moi-même.

Publié dans Hors série.

On s’entraîne ?

Félix sacEn général, au début de mes vacances, je prends deux semaines pour remettre mon appartement à mon goût. C’est le temps pour la peinture et le grand nettoyage. Cet été, plutôt que de me donner corps et âme sur une courte période, j’ai réalisé mon ménage graduellement. Une journée, une armoire. Le lendemain, mes tiroirs. Un autre jour, faire le tri de mes vêtements en tâchant de ne plus espérer perdre du poids et de pouvoir enfin donner ce qui ne me fait plus. Enfin. Passons. Mais depuis la semaine dernière, j’ai commencé à sentir la fin de mes vacances. Et je trouvais que le tout n’avançait pas très vite. J’ai besoin que mon environnement soit en ordre pour pouvoir affronter le tourbillon du travail.

Alors, je m’y suis mis. Intensément. Le plus rapidement possible. C’est fou comme un trois pièces et demi peut paraître énorme quand on en visite tous les coins. J’ai nettoyé comme si j’attendais la visite de la reine d’Angleterre. Tire le frigo. Vision d’horreur. Comment tant de poussière peut-elle s’emmagasiner en un an ? C’est la faute à mes chats. Ils sont commodes pour expliquer mon désordre. Et puis, qu’est-ce que ce petit tas brun ? Mieux vaut ne pas savoir. Ne lâche pas. T’es encore capable de frotter. T’es encore en forme ma vieille ! Si c’est reconnu comme un nouveau sport, tu seras prête pour les jeux olympiques de 2020. Une athlète du frottage et du récurage comme on en a rarement vu auparavant.

Aujourd’hui, je ne vous annonce pas que j’ai terminé. Aujourd’hui je vous annonce que c’est fini. Comme on dit en bon français, j’ai botché. Ma mère m’aurait dit que je tournais les coins ronds. Bon. Je ne suis pas déçue de moi loin de là. Mon petit condo que j’adore est bien bien propre. Suffisamment pour reprendre le travail. Le défi qui vient sera cependant de maintenir le tout propre. Non ! Pas là. Replace le livre sur tes tablettes ! Non ! Fais ta vaisselle plutôt que de regarder tes séries télé. Ce n’est pas tout de commencer la course, encore faut-il garder le rythme !

Enfin. Aujourd’hui j’ai décidé que j’avais terminé mon entraînement en tant qu’athlète du ménage. Doit-on vraiment performer en tout ? Aujourd’hui donc, je me suis enfin assise. Et je regarde les jeux olympiques.

 

Publié dans Réflexion littéraire

À qui appartiennent les écrits ?

fleurJ’ai trouvé intéressant que des personnes lisent mes textes au fur et à mesure que je les écrivais. Non seulement cela me donnaît un certain entrain pour continuer à écrire mais également, bien généreusement mes lectrices me faisaient parvenir régulièrement leurs commentaires. Ceci m’a permis de faire des constats intéressants. Lorsque j’écris, il y a bien sûr des aspects de mes textes que j’aime moins et d’autres, davantage. Je ne me suis pas restreinte. Le moins de censure possible. Je me disais, écris ce qui te vient en tête, tu corrigeras le tout plus tard. Alors cet exercice était très spontané pour moi. À quelques moments, je me demandais ce que mes lectrices diraient de tel aspect de mon texte. À d’autres, je n’étais vraiment pas certaine que le tout méritait un certain intérêt. Mais voilà. Il est arrivé régulièrement que là où je croyais avoir écrit quelque chose d’intéressant, qu’elles ne réagissent pas du tout. D’autres fois, alors que je craignais que mon texte soit du n’importe quoi, elles le trouvaient hilarant. Il est aussi arrivé qu’elles réagissent très différemment pour le même texte. L’une trouvait tel texte trop sérieux alors que l’autre le trouvait émouvant.

Avec cet exercice, j’ai constaté un fait intéressant. Si les écrits appartiennent à l’auteur, leur interprétation ne concerne que le lecteur.

Publié dans Chronique lecture

Chronique lecture, la chute des géants

la chute des géantsCet été j’en ai profité pour lire. Entre autres, quelques romans policiers. Après avoir adoré la série Wallander, j’ai commencé à lire Arnaldur Indridason (inspecteur Erlendur), Deon Meyer (inspecteur Griessel) et Fred Vargas (Adamsberg). Ensuite, j’ai lu Aurevoir là-haut de Pierre Lemaître. Ce roman se déroule après la première guerre mondiale. C’est excellent. Je voulais le lire depuis sa parution. L’auteur vient d’en publier un autre. Cela m’a décidé à le lire. Ensuite, j’ai eu le goût de continuer à lire sur cette guerre un livre qui est sur ma tablette : À lire un jour… La chute des géants de Ken Follett. La longueur du roman me décourageait. Mais je ne le regrette pas. C’est assez bon.

Toutefois, à force de lire sur cette guerre, j’ai l’impression de lire sur la situation mondiale actuelle… La poudrière des Balkans vs la poudrière du Moyen-Orient. Des extrémistes. La chute du pouvoir absolu, autrefois la monarchie, aujourd’hui, des États comme notre voisin américain pour ne pas le nommer, des multimillardaires qui ne savent plus que faire de leur richesse alors qu’un nombre important de personnes vivent dans l’extrême pauvreté. La classe moyenne qui perd de son pouvoir d’achat. Le jeu des alliances mondiales avec la Russie qui joue un rôle clef dans la lutte contre EI.

Mais bon, je me dis, voyons, calmes-toi. Tu fais les liens que tu veux bien. Je ne suis pas une spécialiste de la première guerre mondiale, ni de la deuxième. Ni de la Russie.

Simplement, je lis. Et je fais des liens.

Hier, j’entends à la radio un analyste sur la question des athlètes russes. Le problème dépasse largement le simple sport. Les États luttant contre l’EI ne peuvent se mettre la Russie à dos…. De plus, selon l’analyste, les historiens indiquent qu’il y a une forte ressemblance avec la situation mondiale d’avant la première guerre.

Merde ! J’aurais aimé mieux paranoier. Manque plus que l’assassinat d’un personnage important. Une forme d’archiduc François Ferdinand moderne. Dont le symbolisme éveillera définitivement l’hystérie collective de vengeance. La mèche est là. Elle s’allume mais s’éteint un peu, quelques temps. Cette fois, j’espère vraiment paranoier.

Bref, c’est une bonne lecture.

Bonne fin de semaine à vous,
Brigitte